Citoyennage : j’y suis, j’y reste et je sais pourquoi

Je pars d’une constatation : en vieillissant je me transforme. Inutile d’insister, ça se voit. Et même soyons lucides, extérieurement, en vieillissant, oui, on se dégrade.

Mais intérieurement, c’est tout autre chose. Je ne suis plus vraiment dans la construction-affirmation de moi-même. Je suis moins dans l’apparence et beaucoup plus tournée vers l’intérieur. Je n’ai plus rien à produire, on n’attend plus grand-chose de moi et finalement cela me rend infiniment plus libre. Je suis davantage dans l’observation et surtout dans la réflexion. Je peux rester curieuse, enthousiaste, tournée vers les autres. Des personnes très âgées et très fatiguées le sont toujours. Nous en connaissons tous.

Pour résumer, si extérieurement je me dégrade, intérieurement, je peux encore me développer et peut-être même, m’épanouir.

Et puis, le vieillissement c’est un sujet incontournable, pour tout un chacun, sauf à mourir jeune, ce qu’on ne souhaite à personne, et c’est un sujet passionnant parce qu’il appelle de vrais choix de société dans la mesure où, en France, les têtes blanches, déjà nombreuses aujourd’hui le seront encore beaucoup plus demain puisqu’en 2030, dans six ans seulement, un Français sur trois aura plus de soixante ans. Et même si c’est, aussi, un sujet qui peut faire un peu peur, il est raisonnable, il est sain d’y faire face. Faire l’autruche n’est pas une solution. Le déni de réalité n’apporte jamais rien de bon.

C’est dans cet esprit-là que j’ai trouvé une ouverture et un soutien auprès de Citoyennage. Il y a quatre ans maintenant.

Le fonctionnement de Citoyennage, d’abord, m’a intéressée : les sujets de réflexion font chaque année l’objet d’un débat au niveau régional et d’un vote. Rien de plus démocratique. Et faire ainsi vivre une forme de démocratie, à notre échelle et à notre âge, j’ai trouvé cela très stimulant.

Et puis, les animateurs de Citoyennage sont de vrais professionnels, la plupart du temps des psychologues. Et la qualité de leur présence, de leur écoute, respectueuse et bienveillante, fait de nos réunions de vrais moments de stimulation où chacun est encouragé, en toute simplicité, à avoir des idées, et à les exprimer en toute confiance. Alors même que ces animateurs ne dirigent pas vraiment. Ils écoutent, ils soutiennent. Ils encouragent, c’est tout. Mais c’est beaucoup car de leur bienveillance découle une vraie confiance, en l’autre, et en soi. Et quand on est bien vieux, découvrir ainsi ou redécouvrir ce qu’on est, ce qu’on peut, ce qu’on vaut, même peut-être, c’est plus que gratifiant, ça met en route. Je l’ai compris après l’avoir vécu.

Maintenant, je vois Citoyennage comme une occasion, et un cadre, pour aborder autrement le vieillissement, de manière beaucoup plus positive, en le pensant et le défendant. Une occasion de réfléchir aux conditions d’un « vieillir » mieux, avec des propositions concrètes, modestes parfois mais toujours utiles, et aussi une occasion de faire évoluer la situation des personnes âgées dans notre société, faire changer le

regard qu’elle porte sur elle-même et son propre avenir de vieillissement. Avec un mélange de lucidité et de confiance mais aussi de volontarisme fermement affirmé.

Enfin, Citoyennage pour moi, c’est une forme de soutien dans la mesure où ne pas se sentir seul dans les difficultés qu’on peut avoir à vieillir, les allège. Je pense à ce roman d’Anna Gavalda qui a eu beaucoup de succès il y a quelques années. Le titre, c’était « Ensemble c’est tout ». Voilà, Citoyennage c’est un collectif. Et un collectif, ça donne des forces, ça donne de la visibilité. ça donne du poids. Vis-à-vis de l’extérieur, vis-à- vis des pouvoirs publics notamment, pour défendre nos idées et même nos intérêts, c’est important.

Pour conclure, j’ai envie de dire que, oui, il y a des difficultés à vieillir, des pertes, des renoncements, il ne faut pas le nier. Mais justement pourquoi ne pas essayer d’y réfléchir ensemble tout en nous enrichissant encore ? En ce qui me concerne, j’en éprouve une réelle satisfaction et je crois même que, vis-à-vis de mes enfants, de mes amis, de mes proches, c’est un bon exemple à donner.

Donc, à Citoyennage, j’y suis, j’y reste et je sais pourquoi.

Voilà pourquoi je vous encourage vivement, quand vous rentrerez dans votre établissement, à proposer et à constituer, vous aussi un petit groupe Citoyennage. Ça ne coûte rien et… ça peut rapporter gros ! Enfin, je veux dire en termes humains, pas financiers.

Isabelle Hartivg